lundi 20 mai 2013

Passage de blog


"Je t'aime, Colette…" ferme (pas complètement) sa fenêtre, en attendant que les nouveautés se précisent sur l'avenir de Tout est bleu ce matin, le court roman, la novela qui justifia la création de ce blog. En cours de réalisation : l'édition étendue de la version récit, qui sera disponible en librairie à la fin de l'année. En projet, (on y travaille), son adaptation théâtrale et, qui sait, sa mise en scène… Ne nous emballons pas, il reste beaucoup de chemin !

Bien sûr, je continue d'écrire. Quotidiennement. Le roman Trio progresse, je l'aime beaucoup… La philosophie, la poésie, la linguistique, la sociologie nourrissent certains jours des pages… Tumblr m'a paru offrir un forum plus moderne, plus actuel, plus libre, peut-être ? Je vous invite à y découvrir mon journal intime, des photographies, le travail d'autres artistes aussi… Intitulé de ce nouveau blog : Journal en désordre. Voilà tout le programme. Je le crois assez riche, et plein d'un avenir que je désire avec passion…

http://fredericleroux.tumblr.com

A très bientôt d'avoir de vos nouvelles… Lâchez vos comm ! Et, si vous m'aimez, abonnez-vous…

Frédéric
   
Colette écrivant, eau-forte de Dunoyer de Segonzac pour illustrer La treille muscate

mardi 30 avril 2013

Claire DeWeggis

Comme les plus belles fleurs en ce moment, l'éclosion-explosion discrète de Claire DeWeggis, artiste d'une sensibilité exceptionnelle. 
     
Deux liens pour découvrir une partie de son travail en photographie… 
     
My Blues Material by deweggis
My Blues Material, a photo by deweggis on Flickr.
       
http://clairedeweggis.com/index.html
     

dimanche 21 avril 2013

Invitation à lire : Gracq, Apolllinaire. Aimer

   
"Toutes les femmes nous trompent avec leur coiffeur, pensa-t-il en ébauchant une moue sagace – d'ailleurs à peine dans ce mauvais lieu elles quittent leurs chaussures. Faute de mieux, et encore on ne sait pas tout…", mais brusquement, pour la seconde fois depuis le matin, Irmgard sauta dans la voiture toute chaude et nue et fut de tout son long contre lui : l'image des lourds flocons sombres mordus par l'acier brillant se mit à crépiter jusque dans ses reins en étincelles douces et brûlantes. 
   
Une pente nocturne s'ouvrit, tout son sang remué se mit à charrier d'autres images plus troubles : images de bêtes sans frein qu'on terrasse pour les marquer, de bêtes dociles qu'on prend par la nuque. Pendant un long moment, il roula sans plus rien voir devant lui que la trace luisante de la route, blotti dans sa propre chaleur comme dans une maison fermée, le flanc creusé par un autre corps qui vivait tout le long du sien – et chaque point où sa peau touchait le vêtement semblait s'auréoler aussitôt de cristaux aigus. "Dans sa chaleur" songea-t-il, sans rien penser d'autre ; il sentait en travers de sa gorge s'épaissir une barre angoissante et douce.
    
Julien GRACQ, La presqu'île. 
Paris, José Corti, 1970, p. 67-68
    
                             
A la fin tu es las de ce monde ancien
    
Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin
    
Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule
Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent
L'angoisse de l'amour te serre le gosier
Comme si tu ne devais jamais plus être aimé

 
     
Longtemps au pied du perron de
La maison où entra la dame
Que j'avais suivie pendant deux 
Bonnes heures à Amsterdam
Mes doigts jetèrent des baisers

Mais le canal était désert
Le quai aussi et nul ne vit
Comment mes baisers retrouvèrent
Celle à qui j'ai donné ma vie
Un jour pendant plus de deux heures
     
Je la surnommai Rosemonde
Voulant pouvoir me rappeler
Sa bouche fleurie en Hollande
Puis lentement je m'en allai
Pour quêter la Rose du Monde
    
     
     
L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

Guillaume APOLLINAIRE, Alcools. 
Paris, Poésie/Gallimard, 1920 ; Zone, p. 7, 10 ; Rosemonde, p. 88 ; Le Pont Mirabeau, p. 15

mercredi 10 avril 2013

Patienter… Attendre

     
"Pour bien des choses délicieuses, Nathanaël, je me suis usé d'amour. Leur splendeur venait de ceci que j'ardais sans cesse pour elles. Je ne pouvais pas me lasser."
  
"Nathanaël, je te parlerai des attentes…"
   
Les nourritures terrestres

En 1987, Jean-Philippe découvrait Les nourritures terrestres, m'en lisait ces passages, m'en parlait, mettait en pratique les invitations de Ménalque, entre la lumière chaude mais tamisée par un grand cerisier du jardin de sa mère, l'ombre fraîche de la cave blanche où il préparait le bac et dormait, et le monde entier, la nature, l'être humain tels qu'ils sont accessibles à un jeune homme de seize, dix-sept ans habitant Suresnes, allant au lycée à Rueil-Malmaison, découvrant Paris en métro et à pieds…
    
Depuis deux ans, j'expérimente l'étrangeté d'être deux fois plus lent pour tout, sauf, occasionnellement, mais régulièrement, pour la pure pensée. Tous les hommes, toutes les femmes sont voués à l'attente, et donc, invités à cultiver la patience. L'étant aujourd'hui davantage qu'autrefois, je fais connaissance avec un monde au temps à la fois ralenti et accéléré. Immobile et étal aussi, où les souvenirs anciens n'ont vraiment eu lieu qu'hier seulement, où demain est un défi plus mystérieux encore que naguère…
   
Il me semble vivre une vie plus dure que par le passé, et être plus lucide sur la fin de toutes choses. Je suis plus angoissé, maniaque, anxieux : c'est ma gageure, mon travail quotidien que de lutter contre. Mais, en même temps, je suis plus amoureux, plus passionné, gai tout aussi souvent et, oui, plus heureux qu'il y a trois ans. Heureux, profondément. Un peu comme avant… 
    
Oui, je suis patient, j'attends. Souvent, pour les petites choses. Continuellement, mais comme insensiblement, pour les grandes. J'espère, et j'aime.
     

dimanche 7 avril 2013

French-American Feminin Spirit






Balthus, Albertine Sarrazin, Vanessa Paradis, Audrey Hepburn (deux fois), Carla Bruni, modèle pour Vogue Hommes International

samedi 30 mars 2013

Être heureux en amour peut durer plus longtemps qu'on ne pense… avant que la vie nous fasse passer dans la quatrième dimension !




– Il y a aussi des amours heureux, Colette, des amours lumineux. Quand la bonté entre dans la partie… Mais qu'as-tu ? Tu pleures ? Colette ?!!




Anne – Toute longue… Ding-dong…
Georges – Oui, ça se balançait, de-ci, de-là…
Anne – Oui, de-ci, de-là. Toi, très sérieux, comme ça… (elle parle lentement, avec un grand effort, et s'efforce d'imiter la gravité d'un visage ; il sourit)
Georges – Ouais…
Anne – Comme ça… Sérieux.
Georges – Oui, j'étais très coincé.
Anne – Oui… Coin… cé. (elle pose lentement sa main sur celle de Georges) C'était… bien. (elle lui sourit)

     
IMAGES. Les chansons d'amour de Honoré et Beaupain : Ludivine Sagnier, Clotilde Hesme, Louis Garrel. Los Hombres de Paco, série TV : le mariage. Colette et Maurice Goudeket à la Treille Muscate, Saint-Tropez, vers 1925. "Le cadeau du téléphone" : les mêmes, dans l'appartement du Palais-Royal, vers 1950. Les chansons d'amour, chanson "Ma mémoire sale", Grégoire Leprince-Ringuet et Louis Garrel. Affiche du film Amour de Michael Haneke : Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. Posé devant une fenêtre, ouvert, l'album Amoureuse Colette de Geneviève Dormann.

DIALOGUES. Tout est bleu ce matin, © Frédéric Le Roux, 2013. Amour, © Michael Haneke, 2012.

vendredi 29 mars 2013

Sur la sexualité (3)

    
14 avril 2009
     
Enlacer… Caresser… Embrasser… Etreindre… C'est ce que j’aimais. Que je recherchais, et vers quoi je me dirigeais, et privilégiais sur toute autre forme d’échange sensuel, qui ne m’obsédaient pas comme celle-là… Elles venaient ensuite, avec bonheur, les autres figures du désir, ou du partage, que gouverne la relation majeure qu'est le coït – la sodomie, pour les hommes entre eux. Mais, avant elle, la fellation – fellatio simplex –, la bonne pipe à genoux, généreuse, poilue et odorante…
    
La fellation, toujours. " Faut qu'je suce ! Faut qu'je suce ! " entendais-je il y a peu piailler, par plaisanterie, par besoin également, tel ami, telle amie…
     
Pour beaucoup d'hommes, c'est par la pipe que tout commence, et à quoi souvent aussi, tout finit. Pour certains, c’est embrasser qui constitue la clé. Le baiser est tout. C'est à peine s’ils vous touchent, les deux mains serrant vos bras servent à assurer leur prise, ces mains ne jouent pas d’autre partition. Leur bouche en revanche est un corps sexuel complet, et leur baiser va plus loin que le baiser. Ils vous dévorent. Ils pressent, fouillent, bavent, se versent en vous et vous avalent successivement. Lèvres, pulpe, langue : vous prenez brutalement connaissance du détail de ces organes, leur chaleur, l'élasticité des lèvres, les grains de la langue et sa forme, sa tension, sa santé. Les passionnés du baiser embrassent avec leurs dents, et les chocs de l’émail sont un corps à corps dans l’espace vaste, ruisselant des bouches…
   
      
On peut aussi ne pas embrasser, ne pas dézipper son pantalon de cuir et avoir pourtant un rapport sexuel et sentimental complet, avec un homme qui vous serre contre lui et que vous serrez contre vous. Le foyer de votre étreinte est allumé entre vos verges qui se caressent sous le cuir ou sous le jean, se frottent, se pressent, glissent l'une contre l’autre… En 2005, L. n'y mettait même pas les mains, même pas le nez, pourtant grand messager de ce genre de rencontre. Le nez dans le cou où il respire l’odeur de la personne, celle de son cuir ou d'un autre matériau fétiche ; le nez sous l’aisselle, dans les cheveux… Moi j'y allais du nez, et des mains, sur les fesses avec bonheur, et partout ailleurs. J'y allais du baiser, et L. aussi, goulûment, et c'était très très bien, ça pouvait durer des dizaines de minutes cette histoire. Puis je le déboutonnais, je le déshabillais autant qu'il le permettait. Moi, je me mettais nu, je préférais…
    
Une autre approche est une prise de possession qui exclut la réciprocité : je te fous à genoux, à terre, je te couvre, je te force dans un coin de la chambre…
      
Une autre approche est…
     
Mais il y a tant d’approches.
     
     
PHOTOS. Les Chansons d'amour, film musical de Christophe Honoré et Alex Beaupain, avec Grégoire Leprince-Ringuet et Louis Garrel, 2007. Sur Internet (facebook), décembre 2012. Un chant d'amour, film de Jean Genet, 1950.